En mai 1229,Guillaume de Harenton et son épouse, noble famille sans enfants, font don de leurs biens situés à Argenton à des religieuses venues de Grandval (Balâtre).
Ces moniales vite affiliées à l’ordre de Cîteaux, reconnues par le Vatican et le suzerain Godefroid de Perwez, s’installent dans une propriété, située à Argenton, comprenant batiments, ferme, maisons, terres, prés, viviers, bois, moulin, bref tout ce qu’il faut pour vivre en communauté fermée, en dehors du monde en respectant la stricte clôture.
Divers bienfaiteurs, tels que le comte de Namur Baudouin de Courtenay ou encore Thomas et Jeanne, comtes de Flandre et de Hainaut élargissent le domaine par divers dons en terres et en bois.
Les archives sont relativement muettes jusqu’au début du XVe siècle au moment où le comte de Namur se plaint au chapitre de Cîteaux de l’état pitoyable aussi bien matériel que spirituel des abbayes de moniales de son comté. En effet, les guerres territoriales et le morcellement des propriétés réduisent les donations et empêchent une vie conventuelle digne de ce nom. Une vaste réforme se met en marche et une nouvelle abbese, venue de Soleilmont, Nicaise de Harby redresse le monastère de façon remarquable et y tient une comptabilité rigoureuse à travers laquelle on peut suivre, au jour le jour la vie de la communauté.
Aux XVIe et XVIIe siècles, ce ne sera que le cortège de misères provoqué par les guerres de religion, guerres entre les grandes puissances, France, Espagne, Angleterre, ...
Les récoltes sont ravagées ; les bâtiments pillés et incendiés sont monnaie courante. Mais toujours, avec une incroyable volonté, les moniales blanches redressent leur couvent.
Au XVIIIe siècle, comme la plupart des abbayes de notre pays, Argenton va se reconstruire. A l’exception du cloître disparu au milieu de XIXe siècle quasi tous les bâtiments sont encore en place. L’église abbatiale sert de grange et est dans un piteux état. Quant au palais abbatial et à l’hôtellerie ils offrent une pureté de lignes remarquable, bien dans le style mosan, en briques et pierres bleues. La porterie est flanquée de deux tours.
Les Français, en deux épisodes, envahissent notre pays pour finalement s’y installer après avoir chassé les Autrichiens. En 1796, nos provinces sont devenues des départements et les occupants procèdent à la nationalisation et à la vente des biens du clergé. L’abbaye d’Argenton sera donc vendue, pour la moitié de sa valeur, à un financier français, Jean-Baptiste Paulée grand acquéreur de ce genre de bien. Depuis, le monastère est devenu une ferme.
Tous les bâtiments et le site sont classés ainsi que le moulin d’Harton qui a appartenu à l’abbaye et situé en contrebas.
A lire :
BAUVIN, R., Les Anciennes communautés de Lonzée, Harton et Argenton, chez l’auteur, Lonzée, 1996.
Sur le village de Lonzée : BAUVIN, R. Sorcières à Gembloux (Lonzée ?) au XVIIe siècle.
Regards nouveaux sur les procès de sorcellerie devant la haute cour de Gembloux en 1637-1638 , chez l’auteur, Lonzée, 2005.